|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|||
|
|
|
|
L'un
des premiers exemples de poursuite pénale fut le procès contre Tyson Food
Corner. Tyson Food Corner fit l'objet
d'une enquête sans précédent qui a duré deux ans et demi et a donné lieu à la
mise en accusation de plusieurs de ses dirigeants avec pas moins de 36
charges retenues contre eux dont celles d’association de malfaiteurs en
vue de violer les lois sur l'immigration, de transport de clandestins sur le
territoire américain et de création de faux documents pour des
clandestins. Cependant, malgré la
présentation de preuves accablantes, le procès fut un échec pour les
autorités car les accusés qui n'avaient pas plaidés coupables, furent
acquittés. Une des raisons de ce
revers fut la difficulté de prouver que les prévenus étaient bel et bien au
courant du caractère clandestin de leurs employés. De l'affaire Tyson Food, on a pu tirer deux
conclusions: la première fut que les services d'immigration ne s'occupaient véritablement
que des cas extrêmes, la seconde fut que les choix tactiques judiciaires
étaient inefficaces. Après les attaques du 11 septembres 2001, le
gouvernement fédéral américain réorganisa les services d'immigration et
redéfinit les priorités. La lutte contre l'immigration clandestine est
devenue un problème de sécurité intérieure, et les employeurs coupables d'employer
des clandestins vont donc être traités comme des "organisations
criminelles". La
stratégie a aussi changé: plutôt que d'accuser simplement les employeurs d’avoir
connaissance de la situation illégale de leurs employés, la nouvelle agence
en charge du contrôle des frontières (Immigration and Customs Enfoncement)
reproche maintenant aux employeurs de profiter du crime. Les chefs
d'entreprise qui recrutent des clandestins peuvent maintenant être accusés de
blanchiment d'argent et risquent donc des peines bien plus sévères. Si l'embauche répétée de clandestins n'est
punie que de 6 mois d'emprisonnement et
3 000 dollars d'amende, les auteurs de blanchiment encourent jusqu'à
vingt ans de réclusion criminelle et la confiscation des biens, objet du
blanchiment. Dans l'affaire Tzu Ming
Yang, les services ont ainsi arrêté un couple de restaurateurs de Baltimore. Outre les charges traditionnelles concernant
l'emploi et l'hébergement de clandestins, le procureur les mit en accusation
pour blanchiment d'argent. Ils
plaidèrent coupables, ce qui permit
aux autorités de confisquer pour plus d’un million de dollars de biens (c'est
à dire la somme équivalant aux profits qu'ils auraient tiré de l'emploi de
clandestins). Les restaurateurs encourent vingt ans de prison ainsi qu'un
redressement fiscal. Les
entreprises risquent aussi maintenant d'être sanctionnées si elles ferment les
yeux sur les pratiques de leurs sous-traitants. Les dirigeants de Wal-Mart
ont été récemment poursuivis parce que certains de leurs sous-traitants
engageaient des clandestins. Si le ministère public n'a fait peser aucune
charge sur Wal-Mart ou ses dirigeants, c'est parce que la chaîne d'hypermarchés
s'est engagée à payer une amende de 11 millions de dollars et à mettre en
œuvre des procédures de contrôle très contraignantes sur le statut des
employés de ses sous-traitants. Les
statistiques montrent aussi une augmentation globale de la répression. De 2002 à 2006, le nombre d'arrestations
pour violation des règles sur l'embauche de travailleurs clandestins a été multiplié
par presque 30, celui des enquêtes ouvertes contre les employeurs par 8. Ces chiffres montrent clairement que les
gros poissons ne sont plus les seules cibles; les chefs de petites
entreprises qui ferment les yeux sur le statut de certains de leurs salariés
risquent aussi maintenant de lourdes peines d'emprisonnement. Les
sociétés détentrices de marchés publics auprès du gouvernement fédéral
risquent aussi de perdre leurs contrats.
Dans la proposition de loi sur l'augmentation du salaire minimum, le
sénat a adopté, à 94 voix contre 6, un amendement punissant d'une
interdiction de 7 ans de marché publics les sociétés qui ont employé des
clandestins. La quasi-unanimité du
sénat sur ce projet de loi montre un consensus politique sur la répression que
l'alternance au congrès ne permettra probablement pas d'infléchir. On
est donc passé, en l'espace de moins de cinq ans du "pas vu pas
pris" à la "tolérance zéro." Avant, seuls les abus les plus
flagrants étaient sanctionnés et les peines encourues étaient mineures.
Maintenant, l'emploi de clandestins n'est plus accepté et les services
d'immigration sont prêts à infliger des peines exemplaires à ceux qui
méprisent les règles de l'immigration. Cette augmentation de la répression
mènera les services d'immigration à s'intéresser de plus en plus aux petites
entreprises, même celles commettant des violations mineures. Le changement
est d'autant plus important que la nouvelle politique semble faire l'objet
d'un consensus. Copyright © 2007 Choné & Associates. All rights
reserved |
|||